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Argentine: gâchette facile et répression sanglante Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
21-06-2010

3 morts en 24 heures à Bariloche

Dans la matinée du mercredi 16 Juin, trois jeunes hommes ont été interceptés par la police dans la province de Río Negro. Quelques secondes plus tard, un policier a tué par balle dans la tête Diego Bonefoi, 15 ans, en utilisant son arme de service. Cela s’est produit dans le quartier Boris Furman, quartier, situé dans la zone de “El Alto” de la ville touristique de Bariloche, dans la Patagonie andine.

En apprenant ce qui s’était passé pendant la matinée, les membres de la famille et les amis de Diego Bonefoi se sont dirigés vers le commissariat n°28 pour protester contre l’assassinat.
Expression de la colère et de l’impuissance, les manifestants ont commencé à jeter des pierres sur le commissariat et la police a réagi de la seule manière qu’elle connaît : la répression. Et c’est ainsi que jeudi dans l’après-midi et la soirée, la police a fait une autre victime, un homme de 29 ans. Pendant qu’une autre personne, qui se trouvait dans un état critique est décédée au petit matin de vendredi 18 juin, plus de 20 blessés ont été admis à l’hôpital local. Les affrontements se sont poursuivis tard dans la nuit. Ce vendredi matin les habitants du quartier ont décidé de réaliser une marche pour réclamer justice pour les trois assassinats provoqués par la police.

Au cours des affrontements, une douzaine de manifestants ont été arrêtés et dispersés dans divers commissariats de la ville. Ils pourraient être poursuivis pour « troubles à l’ordre publics » et « dommages », des vitres et des éléments intérieurs au commissariat ayant été brisés ou endommagés. Tous les témoignages concordent : au cours des journées de mercredi et jeudi, les diverses forces de police déployées dans la ville ont mené une véritable chasse aux manifestants, en particulier dans le quartier Boris Furman, après qu’une quarantaine de personnes, proches du jeune Diego, se soient introduit dans le commissariat pour demander des comptes.

Lors de la manifestation de vendredi, regroupant 500 personnes environ, de nouveaux affrontements se sont produits, ainsi qu’une tentative de mettre le feu au commissariat. Aux élus locaux venus sur place pour tenter de calmer la tension, les habitants et les proches des victimes ont exigé que les noms des responsables soient connus et que les assassins leur soient “livrés”. Les responsables politiques locaux de la municipalité ont demandé aux autorités provinciales et fédérales l’envoi d’effectifs de gendarmerie supplémentaires. Jusqu’à 3 heures du matin, des groupes de jeunes ont harcelé le commissariat, mais manifestement, des consignes ont été données pour que la riposte policière ne dégénère pas de nouveau. Pendant de temps, une partie des manifestant assistait la famille du jeune Diego lors d’une veillée de deuil.

Le quartier de El Alto (ou ville haute), peuplé majoritairement de Mapuches, est un quartier ouvrier, populaire, pauvre, avec beaucoup de jeunes, en permanence contrôlés et détenus par la police, et interdits de séjour dans le centre-ville de ce haut lieu du tourisme haut de gamme (station de ski et estivale fréquentée traditionnellement par la bourgeoisie argentine).

Devant cette mobilisation des habitants, le pouvoir politique et judicaire a réagit. Les policiers responsables du premier assassinat ont été placés en détention et le chef local de la police démis de ses fonctions. Les policiers de service lors des affrontements auraient tous été transférés ailleurs.

Sources : Indymedia Argentina, Prensa de Frente, Kaos en la Red.
le 19-06-2010

Gâchette facile et répression à Bariloche : Ni abus, ni excès.

Trois jeunes, dans un coin quelconque de n’importe quel quartier ouvrier. Quelques policiers décident « de les identifier » (c’est-à-dire de les arrêter pour vérification d’antécédents). Un jeune de 15 ans, mort avec le crâne traversé d’un projectile de 9 mm entré par la tempe.

Nous voyons cette scène quotidiennement, à Ingeniero Budge, à Rosario, à Ushuaia ou à Villa Lugano. Hier, nous l’avons vu à Bariloche, Province de Río Négro. Nous écoutons aussi l’excuse infiniment répétée : « le coup est parti tout seul », comme si l’arme avait une vie propre. Comme s’il ne fallait pas appuyer sur la gâchette pour que le coup parte.

Cette fois, le garçon s’appelait Diego Bonefoi et vivait à Bariloche. La juste colère du quartier s’est traduite dans une attaque du commissariat où s’était réfugié l’assassin. « La police doit se défendre », a dit son chef politique, le ministre du Gouvernement Diego Larreguy, et qui a justifié les quatorze blessés et les deux morts (un jeune de 29 et un adolescent de 16 ans) dans la bataille inégale des Ithakas et des Brownings contre des injures et des jets de pierres.

En 2006, CORREPI avait publié une série de notes dénonçant la situation d’apartheid qui prévaut dans la ville de Bariloche, dans le district de Alto, les quartiers ouvriers, militarisés sous une répression constante pour éviter que ses habitants enlaidissent, par leur présence, la zone du centre-ville destinée aux touristes riches. Nous avons décrit ce qui se passe tous les jours au cours des huit étapes à franchir pour accéder depuis les quartiers de El Alto (El Frutillar, San Francisco, 34 Has., etc.) vers la ville basse avec ses salons de thé et ses auberges raffinées. A chaque étape il y a des déploiements policiers permanents verrouillant le passage, et les piétons comme les passagers des transports collectifs doivent exhiber leurs papiers et expliquer pourquoi ils vont vers la “jolie zone”. C’est seulement s’ils sont convaincants et ont une mine “décente“ qu’on les laisse passer.

Nous avons insisté à de nombreuses reprises sur l’énorme quantité de détentions arbitraires ("justifiées" par la vérification des antécédents ou le code des contraventions), de coups, d’opérations de police, et du groupe spécial BORA (Brigada de Operaciones Rápidas y Antitumulto) dans les quartiers, avec ou sans un ordre judiciaire.

Nous dénoncions les intimidations et les attaques contre les habitants qui ont osé essayé de s’organiser contre la répression, comme la résidente du quartier 34 Hectares, Blanca Grande, qui a perdu un œil par une balle en caoutchouc lors d’une opération de police en 2006, et la succession des meurtres commis par la police, au nombre d’une cinquantaine depuis 1983 dans une province où vivent moins de 600.000 personnes.

La juste réaction des gens de Bariloche a empêché que l’exécution de Diego soit passée sous silence, comme ce la se passe pour la plupart des jeunes qui, au rythme d’un par jour, se font tuer par l’Etat avec sa politique disciplinaire de la gâchette facile et de la torture dans les commissariats de police, les prisons et les centres pour mineurs. Les médias ont pu prendre note, cette fois, de ce qui s’est passé. Rien de tel ne se produit pour le mort de chaque jour caché derrière les célébrations du Bicentenaire ou les exploits de la sélection nationale de football. Rien qu’à Moreno, province de Buenos Aires, trois jeunes ont été tués dans les 15 derniers jours : Sergio Casal (16 ans), abattu par la police fédérale, Ricardo Argañaraz (22 ans), a reçu trois coups de feu d’un gendarme, et un troisième est mort à l’intérieur du commissariat local. Dans le même temps, un garçon de 20 ans est mort incinéré dans une cellule de la police à General Acha, province de La Pampa et Saúl Perez (21 ans) a été abattu par un policier de Buenos Aires, dans la localité de Gregory Laferrère. Et il y en plus encore, partout dans le pays. Ce n’est pas un abus ou un excès ou un débordement ou une bavure. C’est une politique de l’Etat que tous les gouvernements qui administrent une société avec des riches et des pauvres appliquent consciemment pour que tous ceux qui doivent être disciplinés afin de tolérer l’oppression, apprennent à se taire et à obéir.

CORREPI - Coordination contre la répression policière et institutionnelle Ciudad de Buenos Aires, Argentina

http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article790

 
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