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Terrain occupé dans la banlieue de Buenos Aires Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
23-03-2007

Un mois de résistance de la part de plus d’un demi millier de familles exclues de l’Etat argentin qui supportent des agressions constantes de la gendarmerie, de la police et des hommes de main payés par ACUBA (Association de Tanneurs de la province de Buenos Aires) en claire complicité avec la municipalité du vieux et néfaste Manuel Quindimil, qui est à la tête de Lanus depuis 34 ans.

600 familles résistent l’expulsion

Entre la lutte et la dignité

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Entretien de deux participants de l’occupation, membres de la commission d’occupation, Sanchez Maria Rosa et Lopez Diego, réalisé le 21 mars :

-Desalambrando : - Cela fait combien de temps qu’a commencé l’occupation ? -Sanchez Marie Rosa : - il y a un mois, le 23 février. On a d’abord prit le terrain parce que les gens ont besoin d’un endroit où vivre ; et ce terrain est une décharge qui fonctionnait aussi comme casse. Pour les voisins et pour nous, ça nous sert à rien d’avoir ça là, alors on a préféré prendre le terrain pour les gens qui en ont besoin. Ici avant il y avait des murs qui clôturaient la décharge qui s’écroulaient tout le temps et ils y mettaient des autos volées et un tas de choses que maintenant vu que les gens occupent ils ne font plus.

D : - Combien de gens vivent ici en ce moment ? SMR : en tout ce sont 600 familles.

D : - A qui appartient le terrain de la décharge ? SMR : - Il est au nom d’ACUBA.

D : - Ont-ils essayé de vous expulser ? SMR : - Oui. Ils sont venus avec la gendarmerie. Il n’y a pas eu de blessés parce que nous voulions que ce soit pacifique. Mais ensuite ACUBA a payé des hommes de main, et de plus la gendarmerie est présente en permanence et gêne les gens, agresse, passe et donne des coups de pied à la maison, et beaucoup plus de choses. Elle agresse les gens parce qu’elle sait qu’ils ne vont pas réagir.

D : - Vous les connaissez ces hommes de main ? SMR : - Si, bien sûr. Parce que d’abord ils étaient dans l’occupation et après comme ils ont reçu de l’argent, ils sont du côté d’ACUBA et agressent les gens. Pour l’instant verbalement, non physiquement.

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D : - Est-ce que vous vous êtes plaint à la Municipalité ? Lopez Diego : - Les gens y sont allés mais ils s’en foutent.

D : - Croyez vous que la municipalité soit complice d’ ACUBA ? LD : - Si, parce que monsieur Torres en plus d’être le vice-président d’ACUBA, est aussi secrétaire des services sociaux a la municipalité.

D : - A partir de maintenant, quel va être le plan de lutte ? LD : - Pour le moment on a mis en place une commission provisoire pour lutter pour tous les gens qui ont besoin, et aussi pour rechercher des ressources de tous les côtés. Aussi voir la possibilité d’obtenir l’accès à l’eau.

 D : Et comment voyez-vous la suite des évènements ? SMR : Dure, assez dure, parce que nous avons constamment la gendarmerie qui fait des rondes et nous gêne, qui provoque pour qu’il y ait de la violence, piège dans lequel nous ne voulons pas tomber parce que nous savons que c’est ce qu’ils cherchent.

D : A part la décharge, ACUBA a un projet pour le terrain ? SMR : Ils veulent y mettre une tannerie, ce qui est toxique pour les gens qui vivent autour. Si tu parcours la zone, tu vas voir des enfants avec des problèmes de santé, avec des boutons et des problèmes d’asthme, parce que nous avons déjà une tannerie derrière la décharge. LD : Parce qu’ils utilisent une espèce de teinture et cela affecte la santé des gens. Il y a déjà une femme affectée, elle s’appelle Liliana, et a des problèmes respiratoires. SMR : Et nous nous sommes plaint à la Municipalité et ils ne font rien parce qu’ils sont avec ACUBA. La gendarmerie est payée par ces gens et non parce que l’ordonne un juge. Ils sont payés par ACUBA.

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D : - Il y a donc la Gendarmerie pour expulser et les hommes de main pour effrayer. SMR : - Bien sûr, ils m’ont insulté plusieurs fois.

D : - Comment cela est-il arrivé ? SMR : Parce que nous ne voulons pas parler à ces gens, parce que nous n’avons rien à leur dire. Ils ne vont pas nous donner de solution. C’est à partir de là que commencent les agressions.

D : - Comment gérez-vous la question de la sécurité ? SMR : - La seule chose que nous avons est la résistance. Aujourd’hui nous avons porté plainte en racontant toutes les agressions qu’ils nous ont faites, et nous allons voir s’il se passe quelque chose. Pendant ce temps, nous on doit arranger le lieu, retirer les montagnes d’ordures, remplir les lagunes, comme vous l’avez vu.

 D : - Concrètement, quelles sont vos revendications ? SMR : - Nous ne demandons même pas tout le terrain et d’ailleurs il n’est pas occupé entièrement. Nous sommes des gens qui n’avons pas où vivre. LD : - Ce que nous voulons est un terrain décent pour vivre, pour notre avenir et l’avenir de nos familles. Par exemple, je vis dans la maison de ma mère et nous sommes dix depuis plus de vingt ans. La majorité des familles qui occupent le terrain sont des gens qui habitent en face. Comme je n’ai pas de moyen pour acheter un terain et que celui-ci est vide... SMR : - La majorité nous sommes cartoneros, chômeurs, ou faisons des petits boulots, nous n’avons pas la possibilité d’acheter une maison, parce que si nous le pouvions nous ne serions pas en train de faire ce que nous faisons.

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D : - Avez-vous eu des problèmes avec des "punteros" politiques (1) ? LD : - On entend des rumeurs suivant lesquelles ils veulent entrer mais même la commission ne veut qu’entre aucune banderole politique. SMR : - Tu sais … c’est toujours la même chose avec les politiques, ils nous utilisent et après ils nous jettent. LD : - Ils t’utilisent, te font des promesses. J’ai été un promoteur de Duhalde (ex gouverneur péroniste de la province de Buenos Aires) et Pierri, peintre de Quindimil dans ses campagne, j’ai fais parti du Parti Justicialiste (péroniste) et aujourd’hui je suis à la rue, ils ne me donnent pas de terrain, ne me donnent pas de travail, ne me donnent absolument rien. J’ai fais parti de la Jeunesse Péroniste de Lanus et aujourd’hui comme tu vois, je n’ai pas de terrain, pas de travail, rien, absolument rien. Qu’est-ce que je peux attendre si vient un politique me promettre quelque chose. Je ne crois plus en les politiques.

D : - Comment avez-vous commencé à vous organiser ici ? LD : - Plus ou moins par hasard, quand les gens ont vu que des personnes dans le besoin ont commencé à entrer sur le terrain, ils se joint à eux. SMR : - Aussi le fait qu’ils nous agressaient tous les jours a fait que nous avons dit, ’bon nous sommes tous ensemble et pensons qu’allaient cesser les agressions. Mais nous sommes tous ensemble mais des lagunes nous séparent, lagunes que nous sommes en train de combler, pour que le tout forme un seul quartier. Et nous allons être tous ensemble jusqu’à la fin.

D : - Vous envisagez la répression et l’expulsion ? LD : - Ils font seulement courir des rumeurs, la répression, ce sont ces types payés par ACUBA. SMR : - Nous sommes dans l’attente de la réaction de la gendarmerie qui entre sur le terrain, donner des coups de pied aux maisons et qui va tenter de les abattre, les gendarmes volent les outils aux gens qui travaillent, qui sont en train de construire leur maisonnette. C’est pourquoi quand nous voyons quelque chose se produire nous nous rassemblons pour venir en aide.

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 D : - Quelle relation avez-vous avec les voisins ? LD : - Heureusement ils se comportent très bien, il y a des gens qui nous soutiennent. SMR : - Les seuls qui nous rejettent sont les gens qui vivent dans le quartier des Tanos, de l’autre côté du terain. Nous sommes discriminés, ils nous traitent de délinquants, de voleurs.

D : - Vous avez essayer de leur parler ? LD : - Oui mais il n’y a pas moyen. Parce qu’ils disent qu’ils paient des impôts, alors ils disent qu’ils ont plus de droit que les pauvres. RMS : - De même l’unique chose que nous avons, malgré tout, est l’union et la force. Autant les voisins du quartier des Tanos qu’ACUBA ont tout à leur faveur, mais nous avons l’union et la force pour gagner ce terrain, parce que nous en avons besoin.

1- punteros : hommes de main du Parti Justicialiste (péroniste). Ce parti a développé un clientélisme important, les punteros sont chargés entre autres « d’acheter » des votes, ils sont le maillage d’un véritable système de favoritisme politique que l’on pourrait qualifier de mafieux (à l’image des syndicats d’Al Capone, le principal syndicat argentin, la CGT, est complètement inféodé au péronisme) (NdT).

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Collectif Desalambrando - Presse et Communication de la Fédération d’Organisations de Base (FOB), 21 mars 2007.

Plus de photos : http://desalambrando.org.ar/galeria/thumbnails.php ?album=5

 

 

 

 
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