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Argentine: Le kirchnérisme : mythes ou changements réels ? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
13-05-2008

Par Pino Solanas (cinéaste, réalisateur de "Mémoire d'un pillage")

Le projet du train à grande vitesse est inadmissible. La polarisation entre le "Gouvernement" et le "champ" est aussi fausse que l'annoncée "argentinisation" de la compagnie pétrolière YPF. Le modèle économique favorise la casse et la privatisation. Le plan officiel pour modifier la Loi de Radiodiffusion qui est en vigueur depuis la dictature est digne d'attention.

 

L'actuel modèle de pays avec à sa tête le couple Kirchner (1) peut seulement être soutenu sur la base de la construction de certains mythes. Ne peuvent pas être discutées les déterminées progressions qui ont été  rendues, mais nous ne pouvons pas non plus cesser de remarquer que les discours à propos de la "rupture néolibérale", le "modèle de développement inclusif", le "désendettement", la "reconstruction de l'État", entre  autres, ce sont des mythes politiques c'est-à-dire qu'ils  n'existent pas comme tels dans la réalité.

Récemment le débat sur la communication dans le pays a  été ouvert. Cela implique mettre sous la loupe le rôle des grandes entreprises de monopole qui bénéficient de la Loi en vigueur de Radiodiffusion de la dictature, qui leur permet de contrôler l'information qui circule sur différents canaux. Ce schéma de contrôle privé constitue un obstacle pour le vrai exercice démocratique. Malgré les concessions bénéfiques faites par Kirchner au Groupe Clarin (2), la nouvelle initiative est bienvenue, seulement si la démocratisation soit réelle selon les critères du débat national.

Mais la supposée intention de démocratiser la communication se contredit avec la décision d'imposer à la société le projet du train à grande vitesse. Dans le dos du peuple argentin, et en faisant la sourde oreille aux nombreuses critiques provenantes de tout le spectre politique, le gouvernement national a signé le contrat pour réaliser le projet pharaonique du train à grande vitesse (3) qui parcourera le tronçon Buenos Aires-Rosario-Córdoba. Pour la présidente Cristina Fernandez, l'oeuvre est un "saut à la modernité". Mais qui sont ceux qui feront ce "saut à la modernité" ? Peut-il être considéré "populaire" un moyen de transport dont le billet sera inaccessible pour la majorité des argentins et qui le paieront avec les subventions de l'État bien qu'ils ne voyagent pas dans celui-ci ? Qu'a de si "stratégique" une oeuvre qui, élitiste et antinational, se fera en émettant, seulement au  commencement, une nouvelle dette publique pour 4 milliards de dollars à 30 ans avec un taux annuel de 12% et qui et qui impliquera, sans aucune médiation, l'importation de technologie étrangère ? Il est inadmissible qu'il n'ait pas été convoqué à un débat national sur la crise colossale du transport argentin (4), entre autres problèmes, qui occasionne plus de 8.000 morts par an dans des rues et sur les routes, et que ne constitue pas une priorité pour le Gouvernement la reconstruction du chemin de fer national dont ont tant besoin des millions de passagers et des producteurs de la nation; encore plus quand la moitié avec la moitié de ce que coûtera réellement le train à grande vitesse, on pourrait reconstruire tous les grands embranchements de passagers aux villes les plus importantes du pays, en incluant des équipes, des locomotives et de nouveaux wagons.

La décision de reconstruire le train pourrait même être l'un des éléments qui aiderait à résoudre la protestation des petits et moyens producteurs ruraux, qui ont à nouveau ouvert le conflit. La fausse polarisation du scénario politique qui a été construit esquive un troisième protagoniste qui dispute la rente agraire et condamen de  manière permanente les petits et moyens producteurs : les monopoles privés exportateurs qui fixent les prix de la production et évitent ainsi que les toujours nécessaires et utiles rétentions (taxes à l'exportation) affectent leur  rentabilité. Ce sont les Cargill, Dreyfus, Bunge & Born, Aceitera Gral. Deheza (du sénateur kirchnériste Roberto Urquía) et autres, qui s'approprient d'un tiers de la rente agraire en imposant de bas prix aux producteurs, en escroquant le fisc, en sous-traitant les exportations et en monopolisant la commercialisation des matières premières.

Mais les petits et moyens producteurs agraires subissent aussi le manque de gas-oil pour la période de récolte tandis qu'on continue d'exporter du brut et de l'essence. Le manque qui s'explique aussi par la structure de la matrice énergétique dépendante du pétrole et de gaz à 85% et les caractéristiques de leur explotation et commercialisation: une poignée d'entreprises multinationales monopolisent toute la chaîne du secteur, avec la circonstance aggravante qu'elles n'intervertissent pas, commettent des déprédations aux ressources et sont recompensées par de juteuses renégociations que le gouvernement national leur offre.

Il est dérisoire que dans ce cadre on a fait croire à la citoyenneté que l' "argentinisation" récente de notre  historique (compagnie pétrolière nationale) YPF, aujourd'hui aux mains de Repsol, allait revertir la terrible chute des réserves énergétiques subie dans les dernières années. L' "argentinisation" a consisté purement et simplement en une nouvelle "reprivatisation", comme cela se passe actuellement avec Aerolineas Argentinas (compagnie aérienne).

Un mythe comparable est le "désendettement". L'Argentine reste endettée très au-dessus de sa capacité de repaiement. À moins de trois ans de la méga restructuration  Kirchner-Lavagna-Nielsen, les argentins devons 200 milliards de dollars et payons des taux d'intérêt de plus de 10 %, niveaux que nous avions juste avant la crise de 2001. Ces données expliquent que, en plein conflit avec les producteurs ruraux, l'ex ministre de l'Economie Martin Lousteau était à Washington priant pour de nouveaux crédits de la  BID (Banque Interaméricaine de Développement) et de la   Banque Mondiale et que, seulement en intérêts, cette année nous paierons 15 milliards de dollars.

Nous vivons encore un modèle de pillage sur des privatisations, une casse étatique et un libre marché. Mais sa pierre d'angle a été la trahison de la réforme constitutionnelle de 1994, qui a transféré la maîtrise du sous-sol aux provinces, en cassant l'unité de la Nation, la seule qui peut se défendre face à la voracité des trusts multinationaux. Que le vice-président Cobos ait renégocié les 12 aires pétrolières de la province de Mendoza (la moitié desquelles sont restés aux mains du ménemiste Manzano), dans une manière similaire aux néfastes contrats de Cerro Dragon, en remettant les ressources  du sous-sol pour 40 ans jusqu'à son épuisement, est une claire démonstration du danger que représente le fait que les gouverneurs disposent individuellement des ressources de tous les argentins.

Les ressources naturelles, ainsi que la production agricole, sont les deux jambes avec lesquelles l'Argentine a marché durant une grande partie du XXe siècle. L'obtention de ressources à partir de ceux-ci a permis le développement et l'industrialisation du pays : le plan sidérurgique national avec Somisa, aujourd'hui privatisée  avec Techint, la construction des industries d'hydrocarbures, aéronautique, ferroviaire et des services comme les lignes aériennes et le transport maritime, etc..

En Equateur, au Venezuela et en Bolivie est posée clairement l'importance de reprendre pour les peuples, à travers l'État, le contrôle des investissements qui constituent des priorités pour une stratégie de développement national; situation qui n'a pas lieu dans notre pays, où les lignes de priorité partent des bureaux privés et résultent être des reprivatisations, des subventions au capital local et international le plus concentré, des augmentations de tarifs et des projets comme celui du train à grande vitesse. Mais le secteur public pourra faire ces investissements seulement si nous pouvons disposer des rentes qu'engendre l'exploitation de nos ressources naturelles non renouvelables. Notre sous-sol compte des réserves de pétrole qui peuvent engendrer, si le baril de brut sur le marché international atteint les 200 dollars estimés pour la fin de l'année par l'OPEP, 41 milliards de dollars annuels. Additionnée à la rente minière, quelques 10 milliards (sans compter de grande quantité de projets non comptemplés et non enregistrés) et la rente agricole, dont dont les compagnies céréalières exportatrices s'apprprient la grande partie, plus les 50 milliards de réserves de la Banque Centrale Argentine, nous parlons d'énormes sommes d'argent qui restent dans leur grande majorité aux mains privées, quand les actuelles données montrent que la brèche de pauvreté a atteint des niveaux record. C'est pour cela que nous parlons de la reconstruction de l'État en un agent efficient et moderne qui récupère cette rente et la reinvestit pour le bienfait du peuple et de l'infrastructure technique, scientifique et industrielle du pays.

Une reconstruction de l'État qui permette de s'approprier des ressources qui permettent le développement national est quelque chose que font tous les pays du monde qui comprennent que nous sommes devant un scénario global où, comme le dit la même présidente Fernandez de Kirchner, les aliments et les énergies seront les clés de l'avenir. Penser que les principaux services et industries peuvent être aux mains privées est ne pas comprendre la forme dans laquelle l'Argentine s'insère dans le monde et dans le marché mondial. L'Argentine continue d'être un pays dont la fonction fondamentale dans la division internationale du travail continue d'être cell de l'approvisionnement de ressources : en forme de capital à travers de l'endettement et en forme de matières premières, aujourd'hui le soja et les minerais, comme hier le cuir, la laine et le blé, le maïs et la viande.

Pour tout cela, il faut fondamentalement que le champ national, populaire et démocratique réussisse à vaincre ses principaux ennemis : la méfiance et la résignation. Unis dans un grand mouvement social, politique et culturel, les argentins nous pouvons défaire ces mythes et sauver toutes nos ressources et de cette façon reconstruire la nation pour le bonheur de tous les argentins.
 
 
Notes:

1- Nestor Kirchner a occupé la présidence de l'Argentine de 2003 à 2007. Sa femme, Cristina Fernandez de Kirchner, l'a ensuite remplacé (NdT).

2- Le groupe Clarin est le premier groupe de presse/communication, avec le quotidien du même nom, le plus vendu dans lel pays (NdT).

3- Construit par l'entreprise Alsthom (NdT).



Pino Solanas, Crítica de la Argentina , 10 mai 2008.


Traduit par http://amerikenlutte.free.fr
 
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