Argentine: interview de Guillermo du collectif desalambrando et de la FOB
26-12-2007

La Fédération d'Organisations de Base, F.O.B. est composé de plusieurs mouvements de travailleurs sans emploi de La Plata, Berazategui, Almirante Brown, Varela, Fiorito, Caraza, Villa 20 de Lugano, José C.Paz, Moreno et le San Miguel. Ce sont des zones qui manquent de tout type d'infrastructure et de services comme eau, égouts et gaz naturel. Plusieurs des mouvements sont passés par quelques coordinations antérieures. Les familles qui forment la F.O.B. ont l'accès à la nourriture et pas beaucoup plus. Guillermo, du Collectif Desalambrando, qui fait partie de la F.O.B., nous rapproche de la réalité des familles de la Fédération, et de la lutte pour avoir des fêtes de fin d'année plus dignes et plus heureuses.


Guillermo :

La Fédération d'Organisations de Base, F.O.B., est composée de plusieurs mouvements et organisations de quartier, qui sont dans leur majorité dans les lieux les plus marginalisés de la société. Les familles qui vivent dans ces endroits ont l'accès à la nourriture et pas beaucoup plus. Par conséquent, les fêtes de fin d'année, quand on n'a pas le minimum indispensable pour festoyer, sont des moments tristes. C'est un moment de tristesse familial quand on n'a pas le minimum dont on est socialement habitué pour faire la fête. Comme c'est une question très ressentie par toutes les compagnes et compagnons, nous avons décidé de nous mobiliser aux supermarchés de la zone d'Avellaneda parce que justement ce lieu concentre plusieurs  supermarchés de différentes chaînes, Carrefour, Macro, Wallmart, Alto Avellaneda. L'idée est d'exiger de ces entreprises qui retirent d'Argentine des fortunes tous les jours, qu'elles collaboreront avec les familles les plus pauvres d'Argentine pour qu'elles aient un peu de dignité lors de ces fêtes (1).

 

Nous sommes allés à plusieurs supermarchés et en général, presque tous ont donné quelque chose. Avec tout ce qu'ils nous ont donné nous avons fait une "corbeille" de Noël pour les familles. Wallmart a été le seul à ne rien donner et il n'a même pas accepté de négocier et de recevoir une délégation. C'est l'un des supermarchés les plus exploiteurs, qui maintient les travailleurs dans des conditions humiliantes, qui leur interdit de se syndicaliser. Avec tous les autres, au moyen de la mobilisation et la lutte, une corbeille a été conquise pour chaque famille des compagnons qui composent la F.O.B.

 

Je suis dans le Collectif Desalambrando, un collectif politico-culturel, et la réalité de notre collectif est différente de celle des autres compagnons. La majorité des compagnons vivent dans la Capitale Fédérale et sont "occupés", ont un travail. Pour cette raison, notre réalité est un peu différente de celle des autres compagnons de la Fédération, mais nous la connaissons bien parce que nous allons dans les quartiers pour y réaliser des activités et étant dans la Fédération, nous échangeons tout le temps des expériences. Nous sommes en train de commencer à travailler avec des coopératives et des projets productifs. Les familles de la F.O.B. font parties de secteurs de la population qui sont au chômage de manière structurelle, pour le dire d'une certaine façon, et les solutions possibles sont très difficiles à mettre en place, parce que beaucoup de compagnons sont des enfants de chômeurs, des petits-enfants de chômeurs, et la majorité ne peuvent pas terminer l'école. Ce sont des zones périphériques assez éloignées du centre. Pour autant il est très difficile de voyager pour obtenir un travail. Les compagnons vivent dans des zones  dépourvues de toute sortes de services.

 

Une autre lutte que nous continuons de donner, est pour la "bouteille de gaz sociale" et pour un tarif d'électricité aussi social. Dans la F.O.B. il y a 20 cantines populaires et ce qui unit aujourd'hui les organisations dans la Fédération c'est de satisfaire les besoins de base des compagnons et des compagnes qui vivent dans les quartiers.

 

Nous croyons que tout cela n'est pas un hasard mais est une conséquence des politiques de l'État Argentin dans les derniers temps. Nous exigeons de l'État qu'il donne des réponses à ces problèmes. Toujours en obtenant les choses dans la lutte. Nous ne voulons pas que l'État vienne et nous résolve tout, mais toutes les ressources que l'État retire quotidiennement au peuple sont légitimement du peuple, elles doivent êtres récupérées par le peuple.

 

Nous nous sommes aussi mobilisés à Repsol à une autre occasion, parce que nous croyons que ces entreprises privées et multinationales sont autant responsables que l'État de la situation du peuple  argentin. Elles s'accaparent d'une grande partie des biens des argentins et il faut les récupérer avec la lutte. La mobilisation aux supermarchés rentre dans cette logique.

 

Depuis la F.O.B., nous revendiquons le 20 décembre 2001. Nous croyons que c'était un moment de rupture à beaucoup de niveaux et de plus grande participation populaire. Depuis la F.O.B. nous avons hésité à participer à la mobilisation du sixième "anniversaire". Nous avons réalisé la mobilisation aux supermarchés le 19 décembre et n'avons pas pu mettre toute la force pour la manifestation du 20 parce qu'il est très difficile de se mobiliser à deux dates aussi proches, il y a des compagnons qui viennent de très loin et voyagent trois heures pour arriver dans le centre de Buenos Aires. Nous avons décidé de mettre toutes nos forces pour l'action du 19 d'abord parce que c'est une revendication très sentie par les compagnons, et deuxièmement  parce que la meilleure manière de continuer à revendiquer les 19 et 20 décembre 2001 c'est de continuer la lutte quotidienne. Et bien qu'il nous ait semblé bien d'avoir une mobilisation unitaire, nous avons préféré mettre nos forces dans ceci parce qu'il nous paraissait aussi important que les compagnons passent une fin d'année plus digne.

 

 

1- Dans un premier temps, des compagnons sont allés les voir avec les demandes de produits, la mobilisation a été nécessaire pour « les faire plier » (NdT) 

 

23 décembre 2007, 

http://agite.ourproject.org/

Traduit par http://amerikenlutte.free.fr